Le chêne, bois sacré du mois d’août

« Choisis le Chêne du soleil…. » (poème des bois sacrés, Écosse)

Le chêne est le bois sacré du mois d’août dans la tradition celtique.

Symbolisme du chêne : https://www.luminessens.org/post/2017/01/09/le-ch%C3%AAne

Le roi sous le chêne : Un arcane très ancien

Baron Pierre-Narcisse Guérin (1774  – 1833 )

Jean-Louis Ragot

« Il allait s’assoir au bois de Vincennes après la messe, et s’appuyait à un chêne, et nous faisait assoir autour de lui ; et tous ceux qui avaient à faire venaient lui parler… » Chronique de Joinville.

Le roi rendant la justice au pied d’un chêne. Cette image du livre d’histoire m’avait frappé plus que les autre composants de la galerie des portraits des rois de France, galerie le plus souvent peu flatteuse, avec les cages de Louis XI, et avec seulement deux rois « sympas » : Henri IV et la poule au pot, et Saint Louis trônant sous le chêne et rendant la justice à tout un chacun. La forte impression que me procura cette image éclipsa toutes les autres ; et alors que l’histoire de l’Ancien Régime avait un ton négatif, je me disais «Mais il y a eu saint Louis !» Plus tard je découvris que cette image qui démentait tout le cours venait de plus loin que d’Épinal, car il s’agit d’un arcane, une image qui symbolise l’archétype de la royauté, un arcane aux convergences mondiales, un archétype traditionnel et primordial ; aussi je vais prendre soin d’analyser ce glorieux symbole :

La verticalité de l’arbre met en relation les trois mondes, ses racines s’enfoncent dans le monde souterrain, chthonien, le séjour des morts ; le tronc représente la terre, le monde des hommes ; la couronne de branches au sommet représente le monde céleste, le séjour des immortels. L’arbre symbolise donc, une communication par le haut entre les hommes et les dieux, par le bas entre les vivants et les morts. L’arbre éternel est aussi l’arbre du milieu, l’arbre du monde ou axe du monde, le chemin du passage du visible à l’invisible. L’arbre est en analogie avec l’homme de par la position verticale de son épine dorsale. Le tronc de l’arbre est donc l’axe de communication entre notre bas monde et le firmament, comme la colonne vertébrale humaine monte de la partie vile du corps jusqu’à sa partie noble, la tête. Symbole axial, l’arbre est une colonne reliant le haut et le bas. Il est le pilier du monde, sur lequel apparaissent les fées. Il est la connexion, entre ce qui est en haut et ce qui est en bas. L’arbre est aussi la croix, un autre axis mundi, dont la ligne verticale, qui est le vecteur d’un mouvement ascendant, menant à l’éternité constitue le tronc ; et la ligne horizontale constitue les branches, mouvement rotatif lié aux cycles du temps. L’arbre sacré autour duquel on se réunit constitue un axis mundi, symbole d’élévation et d’ascension sacrée. L’Arbre du Monde ou Arbre de Vie (Lebensbaum), existait chez les Celtes sous la forme d’un chêne, symbole de sagesse et de force physique et morale. D’après Pline l’Ancien, le mot « druide » est en relation avec le mot « chêne » (du grec « drus »). Le chêne était aussi une figuration de l’axe du monde en Grèce, à Dodone. Chez les Germains « die Donar-Eiche », le chêne de Thor, l’arbre sacré des Frisons, fut abattu par saint Boniface. Le chêne de Guernica, au Pays Basque, était au centre des assemblées destinées à décider des intérêts de la communauté, comme cela était de coutume dans de nombreuses cités de l’Europe médiévale. Les seigneurs de Biscaye (devenus plus tard rois de Castille) ont prêté serment sous cet arbre de respecter les lois provinciales (les « fueros »). Sous cet arbre on a rédigé les lois jusqu’en 1876, sous les auspices de tous les peuples, qui envoyaient deux représentants. Ce rassemblement se perpétue depuis des temps immémoriaux. Ce chêne qui accueillait les premières juntes de la seigneurie de Biscaye s’est affirmé au fil des siècles comme le symbole de l’existence du peuple basque face aux avatars de l’histoire.

Axe vertical et point fixe autour duquel gravite le monde, l’arbre revoie à la notion de centre. « Le centre est le lieu où le ciel a touché la terre » (Frithjof Schuon). Tout espace consacré se positionne autour d’un centre. Dieu est le centre absolu, le centre des centres. Le roi est le centre des hommes comme l’étoile polaire est le centre du ciel. Le centre est principe et origine. Tout s’ordonne par rapport à lui, tout s’organise dans son rayonnement. Le centre est immobile, la vie du monde se déroule autour de lui. Le centre est le cœur et la clé de voûte du monde humain. Quand ce n’est pas un arbre, c’est une ville : Cuzco signifie nombril, Delphes abrite l’Omphalos (nombril du monde), en Irlande, le roi résidait à Tara, capitale du royaume de Mide (le « milieu ») ; ou une montagne, comme le mont Meru indien, l’Alborz mazdéen ou l’Olympe grec ; ou encore une île mythique : l’Île Blanche, l’Île Verte, l’Île des Bienheureux, etc. Immobile et pérenne, la montagne évoque une autre caractéristique du centre en tant que point d’intersection et d’intermédiaire, un carrefour entre les mondes, le lieu de contact avec la lumière céleste. Arbre, ville, montagne ou île, le centre est le lieu de passage vers l’autre monde ; il est une porte, un lien (Babylone signifie « porte des dieux »).

Le roi est le représentant du ciel et de Dieu. D’après les légendes, l’Égypte fut d’abord dirigée par les dieux, puis ils repartirent vers les cieux après avoir institué la royauté pour les remplacer. Le roi est donc le délégué de Dieu sur terre. Au Moyen Age le roi était considéré comme le « lieutenant du Christ ». Lieutenant signifie « qui tient lieu de ». Le Christ étant « roi de l’univers », le roi lui est semblable et sa mission est divine. Il est aussi appelé le « vicaire de Dieu » or vicaire signifie « qui prend la place de », comme le mot arabe khalife. Le chinois T’in tseu signifie « fils du ciel ». La même notion est exprimée dans la généalogique mythique des rois de Scandinavie censés descendre d’Odin ou celle des rois de Grèce, descendants de Zeus ou d’Apollon.

Centre lui-même, siégeant au pied du chêne-axe-centre du monde, le roi rend la justice au nom de Dieu dont il est le représentant sur terre. Le roi est le pivot autour duquel tout gravite. De cette idée vient l’expression de Roi-Soleil, attribuée à Louis XIV, dont on trouve des échos dans d’autre traditions royales dans le monde. Le roi est le pontife suprême, car son rôle intermédiaire entre le monde et le supra-monde fait de lui un pont. Pontifex signifie « faiseur de pont », titre porté par Numa, roi de Rome, puis par l’empereur (pontifex maximus, désignation ensuite reprise par la papauté).

Jean-Louis Ragot

Sources :

J. CHEVALIER et A. GHEERBRANT, Dictionnaire des symboles, Paris, R. Laffont, 1997

C. LEVALOIS, Principes immémoriaux de la Royauté, Le Léopard d’or, 1989

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