Ramener l’esprit en lui-même

La méditation du calme mental

Ou comment dompter les émotions négatives et les apaiser

On trouve la pratique de la méditation dans toutes les traditions spirituelle, et plus particulièrement en extrême-orient (bouddhisme et hindouisme). Il ne faut pas confondre la « méditation », telle qu’elle est généralement comprise, cette pratique qui a pour but de calmer le mental et de vider l’esprit afin de pouvoir être mieux réceptif aux impulsions spirituelles et de savoir garder son calme en toute circonstance, avec ce qu’on appelle la « méditation chrétienne » et qui est une pratique visant à approfondir et intégrer le sens d’une parole. Ici nous abordons la méditation dans sa première acception et qui nous permettra de pouvoir vivre d’une manière plus équilibrée la pratique chrétienne. Tout en apprenant à dépasser les engouements passagers (feux de paille) et entrer dans une continuité nécessaire. Le christianisme est surtout vécu aujourd’hui à travers la prière verbale et n’accorde pas assez de place au silence mental qui est pourtant essentiel parce que seul le silence permet l’intégration de la signification des paroles et la possibilité d’entrer dans une relation profonde et équilibré avec les êtres spirituels, anges, archanges et bien sûr avec les personnes de Marie et du Christ… Nous abordons ainsi ici la « méditation du calme mental », principalement à travers les enseignements du bouddhisme, mais chacun peut bien sûr se référer aux techniques issues des traditions de son choix. On peut aussi ajouter ici que c’est l’occasion d’établir un pont subtil, au-delà des concepts et des croyances qui divisent, avec les autres spiritualités.

Le Bouddha enseigna « 84 000 façons » de dompter les émotions négatives et de les apaiser. Il existe dans le bouddhisme, d’innombrables méthodes de méditation. Trois techniques sont particulièrement efficaces pour le monde moderne : « observer » la respiration, utiliser un objet et réciter un mantra. L’enseignement donné ici provient du livre tibétain de la vie et de la mort de Sogyal Rimpoché.

La posture

Les maîtres disent : « si vous créez des conditions favorables dans votre corps et votre environnement, la méditation et la réalisation s’élèveront automatiquement. »

Votre Vue et votre posture devraient être comme une montagne. Votre Vue est la totalité de votre compréhension de la nature de l’esprit et c’est cela que vous apportez à votre méditation. Ainsi la Vue se traduit par la posture en même temps qu’elle l’inspire, exprimant le cœur même de votre être dans votre position assise.

Soyez assis avec toute la majesté inaltérable et inébranlable de la montagne. La montagne est complètement naturelle et bien établie sur ses bases, quelle que soit la violence des vents qui l’assaillent où l’épaisseur des nuages sombres qui tourbillonnent à son sommet. Assis comme une montagne, laissez votre esprit s’élever, prendre son essor et planer dans le ciel.

Le point essentiel de cette posture est de garder le dos droit, comme une flèche ou une « pile de louis d’or ». L’énergie intérieure ou prana circulera alors aisément dans les canaux subtils de votre corps, et votre esprit trouvera son véritable état de repos. Ne forcez rien. La partie inférieure de la colonne vertébrale possède une cambrure naturelle, celle-ci doit être détendue tout en restant droite. Sentez que votre tête repose sur le cou de façon souple et agréable. Ce sont les épaules et la partie supérieure de votre thorax qui supportent le dynamisme et la grâce de la posture; leur maintien doit exprimer une force dépourvue de raideur. Vous pouvez vous asseoir sur une chaise, les jambes détendues, les pieds bien à plat sur le sol et les paumes des mains reposant sur les cuisses.

Gardez les yeux ouverts, c’est un point très important. Cependant, si vous êtes facilement dérangé par des perturbations extérieures, il peut vous sembler utile, au début de la pratique, de les fermer un moment et de vous tourner tranquillement vers l’intérieur.

Une fois établi dans le calme, ouvrez progressivement les yeux : vous découvrirez que votre regard est devenu plus paisible et plus serein. Abaissez-les et regardez juste devant vous, le long de votre nez, selon un angle de 45 degrés environ. D’une manière générale, voici un conseil pratique : quand votre esprit est très agité, il vaut mieux regarder vers le bas; quand il est morne et somnolent, dirigez plutôt votre regard vers le haut.

Lorsque votre esprit s’est apaisé et que la clarté du discernement commence à se manifester, vous vous sentez prêt à lever les yeux : ouvrez-les alors davantage et dirigez votre regard dans l’espace, droit devant vous. Votre méditation et votre regard devraient être vastes comme l’étendue de l’océan : ouverts, sans limité, embrassant tout. De même que votre Vue et votre posture sont inséparables, ainsi votre méditation inspire-t-elle votre regard. Ils se fondent l’un dans l’autre et deviennent un.

A ce moment, ne portez pas votre attention sur un objet particulier; revenez légèrement en vous-même, et laissez votre regard s’élargir et devenir de plus en plus vaste et spacieux. Vous constaterez alors que votre vision elle-même est devenue plus ample et votre regard exprime davantage de paix, de compassion, d’équanimité et d’équilibre. Laissez de même la compassion qui émane de votre méditation rayonner doucement par vos yeux. Votre regard deviendra alors le regard même de la compassion, semblable à l’océan qui embrasse tout.

On garde les yeux ouverts pour plusieurs raisons. D’abord l’on a moins tendance à somnoler. Ensuite, la médiation n’est pas un moyen de fuir le monde, ou de s’en échapper par le biais de l’expérience extatique d’un état de conscience altéré. C’est, au contraire, un moyen direct pour nous aidez à nous comprendre véritablement, et à nous relier à la vie et à l’univers. C’est pourquoi, dans la méditation, vous gardez les yeux ouverts. Au lieu de vous couper de la vie, vous demeurez réceptif, en paix avec toute chose. Vos sens – l’ouïe, la vue, le toucher – demeurent naturellement en éveil, tels qu’ils sont, sans que vous poursuiviez leurs perceptions. Dudjom Rinpoché disait : « Bien que différentes formes apparaissent, elles sont en essence vides; pourtant, dans la vacuité, les formes sont perçues. Bien que différents sons soit entendus, ils sont vides: pourtant, dans la vacuité, des sont sont perçus. Différentes pensées s’élèvent aussi, elle sont vides; pourtant, dans la vacuité, des pensées sont perçues. ». Quoi que vous voyiez ou entendiez, ne vous y attachez pas, laissez-le tel quel, sans permettre à la saisie dualiste d’infiltrer vos perceptions.

Toute la lumière de votre énergie de sagesse réside dans le centre d’énergie du coeur, qui est relié aux yeux par des « canaux de sagesse ». Les yeux sont les « portes » de la luminosité; vous devez les garder ouverts afin de ne pas bloquer les canaux de sagesse.

Lorsque vous méditez, ayez la bouche entrouverte comme si vous étiez sur le point d’émettre un « Aaaah » profond et relaxant. Il est dit que si l’on garde la bouche légèrement entrouverte en respirant principalement par celle-ci, les « souffles karmiques » qui créent les pensées discursives ont en principe moins de chances de s’élever et de créer des obstacles dans votre esprit et votre méditation. Si vous êtes assis « en tailleur » les jambes croisées (ou en posture du lotus), laissez vos mains reposer confortablement sur vos genoux (ou sur vos cuisses si vous êtes assis sur une chaise). C’est ce qu’on appelle la posture de « l’esprit à l’aise ».

1. « Observer » la respiration

Cette première méthode est très ancienne et on la trouve dans toutes les écoles du bouddhisme. Elle consiste à laisser reposer son attention sur la respiration, avec légèreté et présence.

La respiration est la vie, l’expression essentielle et la plus fondamentale de notre existence. Dans le judaïsme, ruah, le souffle, signifie l’esprit de Dieu qui baigne la Création. Dans le christianisme également, il existe un lien profond entre l’Esprit Saint, fondement de toute vie, et le souffle, prana en sanscrit, est appelé le « véhicule de l’esprit », car c’est le prana qui insuffle à l’esprit sa mobilité. Aussi, calmer l’esprit en travaillant habituellement sur la respiration, accomplit en même temps automatiquement la pacification et l’entraînement de l’esprit. N’avons-nous pas tous fait l’expérience, lorsque la vie est trop agitée, de la douce détente que procure le fait de s’isoler quelques instants tout en respirant simplement, au rythme d’inspirations et d’expirations profondes et calmes? Même un exercice aussi simple que celui-ci peut s’avérer une aide précieuse.

Quand vous méditez, respirez normalement, comme à l’accoutumée. Portez légèrement votre attention sur l’expiration. Chaque fois que vous expirez, laissez-vous porter par le souffle. A chaque expiration, vous lâchez prise et abandonnez toute saisie. Imaginez que votre souffle se dissout dans l’espace de vérité qui dissout tout. Chaque fois que vous expirez, et avant l’inspiration suivante, vous découvrez qu’il existe un intervalle naturel, une fois la saisie dissoute.

Reposez-vous dans cette brèche, dans cet espace libre. Et lorsque vous inspirez de façon naturelle, n’accordez pas à l’inspiration une attention particulière, mais permettez plutôt à votre esprit de demeurer en paix dans l’intervalle ainsi révélé.

Il est important, quand vous pratiquez, de ne pas vous laissez entraîner à un commentaire mental, ni à une analyse ou un bavardage intérieur. Ne confondez pas le commentaire mental de votre esprit – « maintenant j’inspire, maintenant j’expire » – avec l’attention. Ce qui compte c’est la pure présence.

Ne vous concentrez pas trop intensément sur la respiration; accordez-lui à peu près 25% de votre attention, les 75% restants dans une détente calme et spacieuse. A mesurer que votre respiration deviendra plus consciente, vous serez davantage présent; vous rassemblerez tous les aspects fragmentés de vous-même et trouverez la plénitude.

Plutôt que d’ »observer » la respiration, identifiez-vous graduellement à elle, comme si vous deveniez le souffle. Peu à peu, la respiration, celui qui respire et l’acte de respirer deviendront un. La dualité et la séparation s’évanouiront.

Vous découvrirez que ce procédé d’attention très simple filtre vos pensées et vos émotions. Alors, comme si vous vous dépouilliez d’une vieille peau, quelque chose se détachera de vous et se libérera.

Certains, toutefois, ne parviennent pas à se détendre avec cette technique qui les rend presque claustrophobes. Pour ces personnes, les méthodes consistant à utiliser un objet ou à réciter un mantra seront peut être plus bénéfiques et pourront ainsi permettre d’aborder plus facilement cette technique fondamentale de l’observation de sa respiration.

2. Utiliser un objet

Dans cette deuxième méthode que beaucoup trouvent très utile, l’esprit se pose légèrement sur un objet. Ce peut être un objet dont la beauté naturelle vous inspire particulièrement tels une fleurs ou un cristal. Mais un support qui évoque pour vous la vérité, comme par exemple une image du Christ ou une statue de la Vierge Marie.

Placer cette image ou cette statuette à hauteur des yeux, puis laissez votre attention se poser doucement sur son visage, et plus précisément sur son regard et laissez-vous conduire à un état de conscience libre de toute saisie : l’état de méditation. Laissez votre esprits dans la paix et la tranquillité, dans la présence de la Vierge ou du Christ.

3. La récitation d’un mantra

Une troisième technique, largement utilisée dans le bouddhisme tibétain – ainsi que dans le soufisme, le christianisme orthodoxe et l’hindouisme – consiste à unir l’esprit au son d’un mantra. La définition du mantra est « ce qui protège l’esprit ». Cela qui protège l’esprit de la négativité, ou encore cela qui vous protège de votre propre esprit, est appelé mantra.

Quand vous vous sentez agité, désorienté, ou dans un état de fragilité émotionnelle, réciter ou chanter un mantra de façon inspirante peut modifier complètement votre état d’esprit, en transformant son énergie et son atmosphère. Quand vous répétez ou chantez un mantra; vous chargez votre souffle et votre énergie de l’énergie du même mantra, ce qui influe directement sur votre esprit et votre corps subtil.

Source : Le Livre Tibétain de la Vie et de la Mort. Sogyal Rinpoché

Voir aussi :

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